Les 24 heures les plus intenses de ma vie

Il y a quelques jours, vers 11h30, je suis arrivé en compagnie de ma partenaire aux portes de la route 610 de l’hôpital Saint-Pierre. J’y étais passé plus tôt dans la nuit et le diagnostic était clair: la poche des eaux dans laquelle mon enfant Oriel avait passé les 39 dernières semaines était rompue, et il était temps de sortir. Ce fut le cas vers 11h30 le lendemain.

Entre-temps, il y a eu de l’attente que quelqu’un chose se passe, et la peur qu’il ne se passe rien. S’il ne se passe rien, alors, c’est la césarienne. Du coup, au bout de quelques heures, il y a les médicaments et le ballonnet. Les premiers vont stimuler l’utérus de ma compagne afin qu’il se contracte plus souvent et plus fort. Le second est un ballon inséré et rempli d’eau derrière le col de l’utérus afin que, lors des contractions, il vienne faire pression sur celui-ci pour qu’il s’ouvre.

A partir de ce moment-là commence la Douleur. J’ai vu ma grand-mère mourir dans la peur et la douleur, mais ce n’est en rien comparable à la Douleur d’un accouchement, de cet accouchement. Une douleur qui détruit la raison, qui passe au-dela de tout, qu’on ne peut plus gérer par les moyens plus légers. Heureusement, une anesthésie existe, et vraiment, il n’y a aucune raison de ne pas l’utiliser. C’est grâce à elle que la deuxième partie du travail se passe mieux, et qu’on dort un peu. A ce moment-là, il est 6h du matin.

Une fois le travail terminé, voilà la poussée qui commence. Toujours plus fort, toujours plus longtemps, ce n’est jamais assez. Le bébé aura besoin d’aide pour trouver son chemin, et cela lui fera mal. Mais moins mal que de rester encore des heures compressé entre un utérus qui se contracte en continu et un bassin duquel il ne trouve pas la sortie.

Trois tractions plus tard, un petit être gris sort et est déposé sur le ventre de ma compagne. Il devra repartir très vitre car il a besoin d’aide pour respirer, mais ça, c’est une autre histoire, d’autres journées. Celle-ci se suffit à elle-même. Elle constitue de ces expériences que les mots, les photos, les descriptions (poétiques ou réalistes) ne peuvent pas vraiment à conscientiser par ceux qui la vivent pas.

Oriel est né dans la douleur et l’anxiété, alors que le monde autour de nous n’est que crispation anxieuse et douleur haineuse. Mais des gens bien existent, et sans eux, sans certaines sages-femmes et certains médecins de Saint-Pierre qui ont contribué à soulager autant que possible les acteurs de cet accouchement, ça aurait été bien pire. C’est donc en leur nom que je te souhaite la bienvenue, Oriel. Pour se rappeler que faire le bien et le bon reste possible, et que beaucoup choisissent cette voie dans laquelle j’espère tu t’engageras.

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